FAIRE
DECIDER LA DIRECTION
De nombreux
responsables qualité éprouvent beaucoup de mal à faire
passer leur message et leurs demandes auprès de la
Direction. Cela rend leur travail difficile et les
décourage. Comment arriver à mettre la Direction dans "son
jeu", comment la faire soutenir son action ?
Ce petit
article présente une historiette qui illustre le problème et
montre comment faire.
Fred, le responsable qualité de
SAMRA, avait participé le matin à la réunion hebdomadaire du
comité de direction de l’Usine. Il était furieux :
« Toujours pas moyen de s’occuper des réclamations de SEMAX ! »
fulminait-il en mangeant avec ses proches collaborateurs.
« On se plaint des retards répétés et nous savons que c’est
en réalité dû aux commerciaux qui promettent des dates
insensées. Mais pas touche ! La direction ne veut rien
entendre. Ce n’est pas notre affaire ! Nous ne sommes
finalement bons qu’à contrôler et à gérer les procédures ! »
Simon, son adjoint chargé des
audits qualité internes, commentait aussi : « il faudrait
effectivement mettre de l’ordre dans le service commercial.
Les commerciaux sont rétribués sur leur chiffre d’affaires
et sont prêts à tout pour décrocher les commandes. Ensuite
c’est l’ordonnancement et la production qui trinquent !»
Justine, la secrétaire du service
qualité remarqua « La direction doit craindre de perdre des
affaires… Tu pourrais peut-être aller voir Jérémie, le
directeur de production, il doit lui-aussi en avoir
marre ! ».
Fred y alla dans l’après-midi.
Jérémie faisait partie de ceux avec qui il pouvait parler.
Ce dernier, lui confirma effectivement que le DG craignait
que, en étant franc vis-à-vis des clients sur les délais
réels, on perde les commandes. Et Jack, le Directeur
commercial, était du même avis. Pourtant, soupirait-il, le
volume des achats de SEMAX baissait régulièrement. « Au lieu
de le conserver, nous allons le dégouter définitivement… »
Fred explosa : « et je ne peux rien
faire ! Chaque fois que je propose quelque chose, la
direction me renvoie dans mes buts ! ».
« Je crois qu’ils ne te font pas
confiance, tu te plains trop souvent sans réellement
proposer de solution viable. Je peux aller voir le DG et lui
proposer de te laisser étudier le problème. Mais il faudra
le faire de façon sérieuse. Nous avons un bon consultant qui
nous aide en ce moment, rencontre-le ».
Les conseils du Consultants se
résumèrent en 4 points essentiels :
-
D'abord bien écouter la Direction et les responsables
concernés. Lorsqu’ils ne sont pas d’accord, ils ont
généralement des raisons sérieuses. En l’occurrence, je
connais un peu la question : l’ordonnancement est
déréglé par de nombreuses ruptures d’approvisionnements
dues à des fournisseurs défaillants. D’où les retards de
fabrication. Et il est vrai que les commerciaux
exagèrent, mais la direction estime que cela aiguillonne
le système. Et, effectivement, les équipes font
l’impossible pour livrer avec le moins de retards
possible.
-
Ensuite, bien étudier les questions et proposer des
solutions valides. Les dysfonctionnements sont en effet
toujours complexes. Il faut bien en analyser les causes
puis réfléchir aux solutions avec les intéressés, enfin
proposer un projet bien ficelé…
-
Faites aussi preuve de
psychologie. Tout changement est perturbateur. Il remet
en cause les positions des uns et des autres, il modifie
les habitudes… Il faut tenir compte de ces inquiétudes,
elles sont naturelles.
-
Faites enfin la preuve de votre capacité à résoudre les
problèmes de façon efficace. Pour l’instant vous être
surtout perçu comme un râleur, et cela est d'ailleurs
dans votre fonction. On ne sait pas si vous pourriez
réellement aider à améliorer. Je crois que Jérémie va
demander qu’on vous teste sur cette affaire de retards.
C’est l’occasion de montrer de quoi vous êtes capable. »
Fred l’entendait bien ainsi. Mais
il demanda : « comment m’y prendre ? »
« Suivez les étapes suivantes :
-
Caractérisez bien le
problème : quels retards, sur quels produits, pour
quelles causes, dans quel contexte ?
-
Ensuite, rencontrez tous
les acteurs : les commerciaux concernés, le
traitement des commandes, l’ordonnancement, la
production, les achats, le magasin… attention, vous
n’êtes pas là pour chercher des coupables mais pour
comprendre et pour trouver des solutions convenant
le mieux avec eux.
-
Une fois que vous aurez
bien assimilé les données du problème, allez voir le
client et estimez la gravité réelle des retards et
son état d’esprit.
-
Vous serez alors en
mesure de proposer un projet bien construit et
validé, en accord d'ailleurs avec les acteurs. »
« Et en cas de désaccords ? »
« Le désaccord peut simplement
montrer que l’on a omis un point important. Il faut donc
approfondir. Mais s’il s’agit d’une opposition de principe,
alors faites-en honnêtement état à la Direction. Ce sera à
elle de trancher… »
Il en fut ainsi. Fred fut désigné
pour approfondir la cause des retards et proposer des
solutions en concertation avec les différents services
concernés.
Il se rendit vite compte de
l’importance de la préparation. La première fois, lors d’une
première rencontre avec le commercial, il avait été submergé
de plaintes dans tous les sens : « le système de primes
était débile —suivait une énumération de chiffres à laquelle
il ne comprit rien—, le client était caractériel et se
plaignait des retards alors qu’il n’utilisait réellement les
produits que des mois plus tard, le responsable achat
méritait la prison, la production faisait ce qu’elle pouvait
mais était désorganisée. » Il s’en sortit de justesse en
disant qu’il allait réfléchir et repasserait.
Alors, après consultation du
consultant, il décida de commencer par envoyer un mail
interne à tous les intéressés leur demandant leurs
propositions d’améliorations. Après quelques relances —mais
cette concertation fut bien ressentie dans l’ensemble—, il
reçut les réponses. Cela lui permit d’établir une liste des
solutions envisageables.
Il décida alors de se documenter
sérieusement sur chaque question. Par exemple sur la
rémunération des commerciaux et de l’acheteur, sur les
statistiques de livraison, sur les ruptures de stocks, sur
la procédure d’achat, sur les réclamations clients… Il
découvrit alors que les approvisionnements étaient
effectivement souvent en retard (lors des entretiens, il
constatera ensuite que cela provenait du choix des prix les
plus bas, chez des fournisseurs peu fiables, aggravé par la
non tenue à jour des délais de livraison dans la GPAO),
que cela désorganisait complètement la production, etc…
Cette enquête était vraiment
intéressante. Elle le changeait des procédures, sur
lesquelles il se focalisait d’habitude. Après quelques
réticences au début, les services appréciaient cet
interlocuteur qui les écoutait, qui avait bien préparé et
qui cherchait à comprendre leurs problèmes. C’était
tellement inhabituel ! Le plus dur fut l’acheteur qui refusa
tout changement, considérant que son but ultime dans la vie
était de gagner des points sur les prix.
A chaque fois que Fred hésitait, il
veillait à rencontrer la direction (il avait demandé
initialement à avoir un « tuteur » membre du CODIR et cette
demande avait été bien accueillie).
L’étude lui prit un mois. A son
issue, il put présenter un plan d’amélioration, en
soulignant bien qu’il n’avait fait que recueillir et
exploiter les idées des uns et des autres. Cela incluait une
réforme des achats en cotant les fournisseurs et en
éliminant les mauvais, en tenant mieux à jour l’informatique
(il prit soin d’indiquer le désaccord de l’acheteur), en
prévoyant une concertation entre commercial et
ordonnancement avant de donner le délai au client, enfin en
fixant un dédommagement des clients en cas de retard et une
relance auprès des clients perdus.
Il y eut bien sûr quelques
ajustements, mais le CODIR fut d’accord dans l’ensemble (il
est vrai que les idées venaient d’eux…).
A la sortie du CODIR, Jack, le
directeur commercial, félicita Fred. « Je ne croyais pas que
vous alliez vous en sortir. Vous avez su faire preuve
d’écoute, de largeur d’esprit et de bon sens, Bravo ! »
En rendant compte à son équipe, il
souligna les 3 points qui lui avaient paru les plus
importants :
-
« Bien préparer, avec des
données claires et une bonne connaissance du sujet, afin
d’être pris au sérieux par ses interlocuteurs, avoir une
vraie discussion avec eux et pouvoir juger de la
pertinence des idées émises
-
Savoir mener de tels
entretiens (pour l’avenir une formation spécialisée lui
semblait nécessaire afin d’éviter de se faire
déstabiliser et de rendre les discussions constructives)
-
Rester pragmatique, avec une
vision de terrain. »
En conclusion, il se disait que son
incapacité initiale à obtenir l’appui de la direction
provenait en fait de ses propres œillères : il croyait avoir
raison alors qu’il ne voyait qu’une partie du problème, il
ne proposait pas de solutions réellement viables, il
réfléchissait seul dans son coin, sans travailler en équipe
avec les autres…
Justine, la secrétaire résuma bien
en disant : « c’est surtout vous qui avez changé. Vous êtes
maintenant beaucoup plus intelligent ! ».
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intéressés par un approfondissement peuvent se
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·
Le QUE
SAIS-JE : la qualité (nouvelle édition)", qui
montre comment mener une démarche simple et
naturelle
·
« Certification utile : sortir du formalisme,
remettre la qualité au service du développement
de l'entreprise" (Editions INSEP), qui montre
comment utiliser les normes de façon efficace,
sans formalisme inutile
Ils peuvent aussi
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http://www.doucetconseil.fr, premier site
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fonctionnelle. |