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mise à jour du 20/02/2012

Article de Christian DOUCET paru dans Qualité Références

Savoir motiver les équipes

La qualité repose avant tout sur la motivation du personnel.

Or la motivation repose à son tour sur la bonne réponse du management aux attentes du personnel. Et nos organisations, même et parfois surtout certifiées, s’apparentent souvent à des machines à démotiver : formalisme et contrôle excessifs, reconnaissance insuffisante des efforts et des mérites, absences de perspectives de carrières, relations chefs-subordonnés déshumanisées...

Bref, nous revenons aux débuts de l’industrie, le personnel étant trop instrumentalisé.

Mais pas d’excellence possible dans ce contexte ! Les normes et référentiels actuels passent à côté de l’essentiel.

Illustration sous forme d’une petite mise en scène.

 Joël sortait d’une réunion qualité. On y avait abordé les taux importants de défauts dans l’atelier de finition des véhicules : cloquage des peintures, tissus mal fixés ou tachés, atelier en désordre,... Il avait été décidé de renforcer les procédures et les contrôles. Joël en discutait avec Fabien le chef d’atelier. Ce dernier n’y croyait pas :

« Encore plus de papiers et de contrôles ! Vous, les « hommes qualité », vous ne pensez qu’à ça ! »

« Mais il faut bien réagir ! » s’étonna Joël, « que ferais-tu ? »

« Comme je l’ai dit en réunion, le vrai problème aujourd’hui est le manque de motivation des équipes. Il y a eu trop de changements, trop de procédures, trop de critiques, trop de promesses non tenues... Les ouvriers ont le sentiment que personne ne les écoute et que tout le monde leur tombe dessus. D'ailleurs les arrêts maladie se multiplient et, s’il n’y avait pas le chômage, la moitié partiraient... »

« Alors, que faire ? »

« Il faudrait davantage discuter avec eux et mieux les comprendre » insista Fabien.

« On pourrait aller voir un spécialiste qui m’a été recommandé, il nous donnera certainement des pistes à suivre. En tant qu’adjoint au directeur qualité, je peux le proposer ». Fabien acquiesça. Ainsi fut fait.

Le consultant, qui avait été réquisitionné pour une simple consultation, proposa de lister les points essentiels qui sous-tendent la motivation afin de leur permettre de faire eux-mêmes leur propre diagnostic.

Règle 1 : la motivation est un "marché" entre la personne et l’entreprise : si la première n’y trouve pas son compte, elle se motivera pour autre chose : sa vie privée, le sport, les pauses avec les copains... et passera sa journée à attendre l’heure du départ. Vous ne pourrez la motiver que sous la contrainte et cela vous coûtera beaucoup de temps et d’efforts de management, tandis que vos personnels profiteront de la moindre faille pour dévier.

« Alors, je vous pose la question : les ouvriers ont-ils l’impression aujourd’hui d’avoir un juste retour de leurs efforts ? »

Fabien réagit vivement : « vous avez mis le doigt sur le vrai problème. Aujourd’hui, on ne se soucie que du rendement, on en demande toujours plus, on ne les connaît que pour les critiquer, jamais la direction ne reconnaît les efforts faits. Au contraire, des bruits de licenciements circulent »

« Et bien, la démotivation que vous constatez en est la conséquence directe et obligatoire. Pourquoi voudriez-vous qu’ils s’investissent davantage ? Il y a également des règles « mathématiques » en management, comme 1 + 1 = 2. Si on ne se soucie pas de la motivation, il n’y a pas de motivation ! »

Règle n° 2 : le besoin de dignité et de confiance : l’individu a besoin d’être considéré comme une personne. C’est à ce prix qu’il s’investit. Sinon, lorsqu’il est ramené à l’état d’objet qu’on manipule, il agit —et c’est bien logique— comme un objet : il fait ce qu’on dit et à minima, lorsqu’il y est forcé.

« Vous pourriez donner des exemples ? » demanda Joël.

« Leur dites-vous bonjour lorsque voue les rencontrez ? Les écoutez-vous lorsqu’ils ont de remarques ou des suggestions ? Les connaissez-vous personnellement suffisamment pour comprendre leur comportement ? »

« Avez-vous toujours un a-priori de défiance (il va se tromper, il ne fera pas, il n’est pas capable) ou bien faites-vous au contraire confiance, quitte à réagir si les résultats sont mauvais. Dans le premier cas, vous ne les poussez pas à s’investir, à prendre des initiatives. Ne vous étonnez pas ensuite s’ils restent passifs ! »

Fabien s’insurgea : « je ne suis pas l’assistante sociale ! Je n’ai pas le temps de m’occuper de leurs petites humeurs ! »

« Mais mettez-vous à leur place, reprit le consultant. S’ils ne sentent pas estimés de vous, ils ne vous estimeront pas non plus. Pourquoi, alors, feraient-ils des efforts sachant que vous en serez le premier bénéficiaire devant la direction  Si vous ne les aidez pas, ils ne vous aideront pas » 

Règle n° 3 : le besoin de comprendre leur travail et de faire fonctionner leur intelligence : Pensez-vous qu’un individu qui passe son temps à répéter des gestes mécaniques toute la journée puisse se passionner pour ce travail ?

« On ne leur demande pas de se passionner mais de faire ce qu’on leur dit ! », tonna Fabien.

« Passionner est une façon de parler, répondit avec douceur le consultant, parlons plutôt de soigner, de bien finir, de ranger, de chercher à améliorer... »

« Mais comment ? » questionna encore Joël.

« Et bien, commencez par leur donner de petites responsabilités : vous les consultez sur les améliorations utiles, sur les causes des défauts rencontrés... Vous les laissez libres d’organiser le rangement de leur poste de travail, vous prévoyez de courtes formations pour qu’ils comprennent mieux les conséquences des défauts... »

« Et, lorsque vous constatez que certains s’investissent, vous leur en donnez toujours davantage : ils peuvent devenir chefs d’équipes, tuteurs de nouveaux embauchés, animateurs qualité locaux... ».

Joël commençait à bien adhérer à cette façon de voir. On inversait la façon de traiter le problème. Au lieu d’être toujours dans une logique « top-down », on se mettait à la place des ouvriers et cela permettait d’identifier les causes réelles des problèmes et d’avancer vers des solutions efficaces.

Règle n° 4 : Le principe de progression : chacun doit pouvoir progresser au sein de l’entreprise s’il travaille bien et réussit, continua le consultant. Un ouvrier serait bien idiot de se donner du mal si cela ne l’ui apporte rien à terme. N’oublions pas que chacun pense à l’avenir, à la maison qu’il veut bâtir, aux enfants, à la retraite, au statut social... Si la seule perspective est de stagner au même niveau, avec le même salaire et le même grade, alors le simple bon sens recommande d’en faire le minimum.

Fabien était encore sceptique : « ils ont déjà de la chance de travailler. Et puis vous voulez dire qu’il faudrait qu’ils prennent ma place ? »

« Bien sûr que non. D'ailleurs j’espère que vous progresserez aussi. Mais pensez à récompenser les meilleurs. Comme je l’ai dit, on peut toujours trouver des moyens. »

Joël s’impatienta un peu car l’heure passait : « On pourrait aller un peu plus vite ? »

Règle n° 5 : Le besoin de liberté : chacun doit avoir une responsabilité, petite ou grande selon ses capacités, dans le cadre de laquelle il dispose d’une certaine liberté d’action : Cela rejoint les points précédents. C’est cette petite liberté qui lui donne sa dignité, fait tourner son intelligence et lui donne des perspectives de progression.

Jean confirma : « dans un autre service, une assistante était impossible. Nous lui avons donné à traiter les réclamations avec une bonne liberté, elle devait enquêter auprès des intéressés et préparer la réponse. Cela l’a transformée. Aujourd’hui elle fait partie des meilleures »

Fabien se taisait désormais.

Règle n° 6 : Le besoin d'équité : le management doit être juste, sans favoritisme. La jalousie est souvent le premier moteur de la discorde dans une entreprise. Une petite différence de prime injustifiée peut déclencher une guerre. Ce peut même être un sourire ou un petit privilège non justifié. Le manager doit veiller à garder une certaine distance vis-à-vis de ses personnels, à ne pas s’impliquer émotionnellement et à être toujours juste. C’est ce qu’on appelle la distance managériale. »

Fabien rompit son silence : « c’est difficile. On a des atomes crochus avec certains tandis que d’autres sont d’un contact impossible ».

« Le management est en effet un rôle à part entière, qui demande de la formation, des efforts et du talent. Mais, si vous créez des jalousies et des conflits, ne croyez-vous pas que votre management deviendra encore plus difficile ? ».

Règle n° 7 : Le grégarisme : Le personnel a besoin de se rattacher à un groupe où il trouve sa place et du sens. Cela implique beaucoup de choses : d’abord le souci de constituer des équipes conviviales. La convivialité est généralement la première attente, avant même le salaire. Il faut aussi donner du sens au travail : faisons bien partager les objectifs, la stratégie et les valeurs de l’entreprise en les expliquant largement.

« Et, attention, «  la chose la plus importante en communication, c'est d'entendre ce qui n'est pas dit ».
analysait Peter F Drucker. Communiquer n’est pas diffuser des informations, mais écouter et discuter de façon à ce que chacun s’approprie la stratégie et les valeurs. On appelle aussi cela un projet d’entreprise. »

Joël sonna la fin de la récréation : « vous nous avez réellement fait réfléchir. Nous ne voyons plus la situation du même œil. Beaucoup de choses sont à faire pour ramener le calme et un bon dialogue dans l’atelier. Vous avez en tous cas raison : La motivation du personnel est le premier moteur de la qualité et de l’efficacité. « 

« Et se mettre à la place des personnels est vraiment le secret pour aboutir à une entreprise à la fois productive, excellente et agréable »

« C’est tout simplement la démarche fonctionnelle » conclut le consultant.

Christian DOUCET

 

 

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